Et moi, j’écris pour inviter autour d’une table tous ceux qui galopent dans ma tête, foule intérieure sans billets ni hiérarchie, qui font un bruit infernal avec leurs talons hauts et leurs cannes en bois sculpté — surmontées d’un dieu antique, sorte de vieux lama séché, ricanant, yeux plissés, témoin fossilisé de rites oubliés — et de rites oubliés, il y en a un paquet : un lot complet en promotion (90, 70 et 50 %). Bref. Ils arrivent sans prévenir, tirent les chaises, cognent les verres, parlent tous à la fois (fort, très fort), s’interrompent, se contredisent, s’engueulent, et je note pendant qu’ils gesticulent, pendant que leurs voix s’entrechoquent — petit carnet à la couverture en cuir synthétique avec un signe oriental incrusté sur la devanture. Maux de tête et alcool lourd — lieu mental de réunion impossible où le chaos trouve une forme provisoire. Depuis l’aube — conscience fragile qui clignote — l’humain comme champ de bataille, forces contraires en rotation lente, tiré, retenu, aspiré vers l’élan puis freiné par la peur, lumière idéale en surcharge, opacité dense dans les viscères, désir de dépassement, tentation de tout lâcher, de s’effondrer, de disparaître dans l’absence. Cela fait beaucoup à la foi (celle qui propulse l’esprit et le cœur au ciel). Alors, il y a la tension. Cette tension n’est pas une erreur de fabrication, ni une faute à solder, elle est l’architecture même, la charpente invisible, vitale et électrique. Et de la chaleur électrique naquit la créature — deux têtes. Supprime-la et tout se détraque — la pureté obsessionnelle engendre le fanatique intérieur, l’abandon total à l’ombre dissout le centre, ruine le soi, morcelle la présence. Pourtant — au cœur de la déchirure — un espace libre subsiste, un noyau vivant, un Axe intérieur, vertical comme une colonne de feu calme. Il ne tranche pas, ne choisit pas un camp, il tient. Il habite la dualité sans chercher à la résoudre, lucide, contenant, enraciné et ascensionnel à la fois, plongé dans la terre, tête dans le ciel noir. Cette voie n’a pas d’âge, elle traverse les systèmes comme un courant souterrain — yin et yang qui s’enroulent, alchimie en phases de feu et de putréfaction, tambours chamaniques, descentes et retours, Jung et ses archétypes en collision. Tous savaient — pressentaient — que l’humain est fait pour traverser la tension, pas pour l’anesthésier. Ce texte n’est pas une instruction, pas un mode d’emploi : c’est une carte pliée, froissée, une invitation à descendre, à rencontrer les contraires, à marcher droit entre Ombre et Lumière, sans fuir ni s’aveugler. La Voie de l’Axe intérieur exige un courage nerveux, une délicatesse précise, une honnêteté sans anesthésie ; elle offre en retour une stabilité rare, celle de l’être qui tient quand tout oscille. Nous vivons comme si la lumière et l’ombre étaient des territoires ennemis, royaumes étanches : la lumière noble, propre, exposée ; l’ombre honteuse, enfouie, niée. Cette vision scinde l’humain contre lui-même, l’oblige à sacrifier une moitié pour sauver l’autre. Mais l’humain est dual, structurellement. La lumière naît de l’obscur, l’ombre est le sol nutritif de toute clarté. Sans ombre, la lumière s’assèche ; sans lumière, l’ombre engloutit. Désir d’élévation, peurs archaïques, colère, joie, pulsations simultanées… La tension n’est pas un problème à résoudre, c’est un moteur. L’opposition est un mirage simplificateur : noir contre blanc, réduction violente, perte des nuances, effacement des possibles. Entre les pôles, les gris infinis respirent. Reconnaître Ombre et Lumière — ensemble — est le premier pas sur la Voie de l’Axe intérieur. Tenir là. Ne pas fuir. Habiter. Face à cette tension — l’être humain se projette toujours vers l’extrême, lumière totale ou ombre absolue, pendu entre les deux — fragile et éclaté. Ceux qui cherchent la lumière tombent dans la rigidité, dans le fanatisme intérieur et l’orgueil qui brûle. Ceux qui plongent dans l’ombre glissent dans le chaos, le cynisme et la dissolution du soi. Toujours une moitié sacrifiée. Mais la paix — si paix il y a — ne naît pas de l’exclusion de soi, elle naît dans le centre, au milieu, en plein milieu, dans l’Axe intérieur : lucidité, verticalité, maturité, centre vivant, posture tenue, vie organique qui ne se compromet pas. La transformation commence rarement sous l’éclat. Elle commence dans l’effondrement : chute de certitude, fracture de l’image de soi, disparition de la sécurité fabriquée. La Descente, c’est la lumière qui ne guide plus, le sol qui se dérobe, le regard qui se tourne vers l’ombre évitée. Descendre n’est pas sombrer, c’est accepter de voir ce qui dérange, ce que l’ego voulait ignorer. Nigredo, Œuvre au Noir : la caverne devient matrice, les racines sources, l’obscurité profondeur fertile. Les peurs / pulsions / contradictions, deviennent messagers et non ennemis. Descendu, on découvre que rien n’est absolu : la peur protège, la colère défend, la joie trompe. Chaque force porte une ambivalence. La Traversée s’ouvre : ne plus aller vers le bas ni vers le haut, tenir les deux en soi, intégrer sans fragmenter. Le cœur devient centre, non sentimental, mais cohérent, pont entre Ombre et Lumière, tension juste accueillie. Albedo, Œuvre au Blanc : lumière douce, ombre intelligible, conscience qui cesse de se rigidifier ou se dissoudre. L’Émergence : Axe stabilisé. Descente, Traversée, accueil des forces, reconnaissance des fragilités comme guides. L’énergie n’est plus dispersée contre soi-même, elle devient puissance créative. Feu purificateur, métal transmuté, or intérieur, verticalité ouverte sur le ciel — la lumière n’est plus idéalisée, l’ombre n’est plus ennemie. L’Axe vit, ordonne subtilement le mouvement intérieur. L’unité n’est pas fusion confuse, mais coopération des forces autrefois opposées. Agir, créer, aimer avec lucidité et cohérence. Être dans l’Axe, ce n’est pas suivre un dogme, c’est agir juste, reconnaître le réel, accueillir le paradoxe, agir depuis le centre. Chaque décision, chaque interaction, devient un lieu pour exercer la tension juste. La paix intérieure n’est pas une anesthésie, mais une présence au tumulte. L’Axe fléchit sans rompre, s’adapte aux vents de l’existence, comme une boussole silencieuse dans les crises et les doutes. La Voie n’est pas linéaire. Chaque descente, chaque traversée, chaque émergence ouvre de nouvelles épreuves. Reculer, douter, vaciller n’est pas un échec — revisiter des zones négligées, réintégrer des aspects oubliés. L’évolution est une spirale, non une ligne droite. Chaque cycle révèle l’invisible, renforce l’Axe dans sa verticalité vivante. L’Axe se pratique concrètement : Descente — journal des ombres (& autres notes, sûrement), méditation nocturne — voyage astral sous antibiotiques, dialogue avec les parts rejetées, reconnaissance de l’énergie brute. Traversée — méditation du souffle vertical, écoute des deux voix, marche yin/yang, rituel du pont. Émergence — affirmation, postures d’ancrage et d’ouverture, rituel de feu, incarnation de l’Axe dans les choix quotidiens, transformation de la conscience en vie. Dans un monde polarisé, binaire, lumière contre ombre, la Voie de l’Axe offre une alternative. Pas de promesse facile, pas de perfection. Habiter la tension sans se briser, transformer le conflit intérieur en puissance créative, agir avec justesse dans le réel. Trouver son Axe, l’habiter, le rayonner, accueillir le chemin de la stabilité vivante, de l’éveil incarné, de la liberté véritable.