Rose de Jéricho Cycle

ROSE DE JÉRICHO – Projet multimédia initiatique

En Occident, la pratique contemporaine du chamanisme naît souvent d’un désir de reconnexion à soi-même, d’une quête intime visant à retrouver un équilibre intérieur ou un sens perdu. Dans les traditions autochtones dont elle s’inspire, cette démarche revêt une dimension profondément différente : il ne s’agit pas seulement de se relier à soi, mais avant tout de se relier à l’autre, pour l’autre. Le chaman agit au service de sa communauté, comme médiateur entre les mondes visibles et invisibles, entre l’humain, la nature et le spirituel.

Initié en 2009, à la suite d’un événement fondateur — la naissance de mon fils —, ROSE DE JÉRICHO est conçu comme un Gesamtkunstwerk, une « œuvre d’art totale » héritée de l’esthétique romantique allemande. Projet multimédia protéiforme et tentaculaire, il se déploie à travers différents médiums tout en se renouvelant constamment selon une structure intérieure immuable. À la manière d’un organisme vivant, il évolue, se transforme et se régénère sans jamais renier son essence.

Mon ambition est de construire un univers singulier et total, une expérience immersive où l’image, le son, le récit et le symbole convergent pour former un voyage sensible. Ce parcours artistique plonge dans les racines de l’animisme et interroge les liens complexes, ambivalents et profondément fusionnels qui unissent l’être humain au monde naturel. Il explore la frontière poreuse entre culture et nature, entre conscience individuelle et mémoire collective, entre le visible et l’invisible.

Au-delà de sa dimension artistique, ROSE DE JÉRICHO porte les traits d’une quête spirituelle personnelle. Il est le fruit d’un long cheminement jalonné de rencontres, d’expériences et de questionnements. Une recherche de l’autre autant qu’une recherche de soi, guidée par la volonté de percevoir cette énergie commune qui traverse les êtres, les relie et les inscrit dans une même trame du vivant. Cette démarche ne vise pas l’aboutissement d’une vérité définitive, mais l’exploration continue d’un espace de dialogue entre l’intime et l’universel.

Je conçois aujourd’hui ROSE DE JÉRICHO comme l’œuvre d’une vie. Plus qu’un projet artistique, il constitue un territoire intérieur, un labyrinthe symbolique et mystique dont chaque création représente une nouvelle étape. Je m’y consacre depuis plus d’une décennie avec la conviction que son inachèvement fait partie de sa nature même. J’accueille avec enthousiasme cette perspective d’une œuvre sans fin, dont le sens se construit dans le mouvement, la transformation et la permanence du questionnement.

Après plus de quinze années de développement, de recherches et d’expérimentations, ROSE DE JÉRICHO atteint aujourd’hui une forme de maturité qui rend possible son ouverture au regard des autres. Longtemps conçu comme un espace d’exploration intime, un laboratoire de formes, de sons et de symboles, le projet a progressivement trouvé sa cohérence interne, son langage et son rythme propres. Sans être achevé — car il ne le sera sans doute jamais —, il a atteint un seuil où son partage devient non seulement envisageable, mais nécessaire.

Cette évolution marque une étape importante dans son existence. Si ROSE DE JÉRICHO est né d’un besoin personnel de compréhension et de transformation, il aspire désormais à devenir un espace de rencontre et de résonance. L’œuvre ne se limite plus à un dialogue intérieur ; elle cherche à entrer en relation avec celles et ceux qui la traversent, l’écoutent ou l’habitent momentanément. Car une œuvre ne prend pleinement vie qu’au contact de l’altérité, lorsque les imaginaires se croisent et que de nouvelles interprétations émergent.

Le temps du retrait et de la gestation laisse ainsi progressivement place à celui de la transmission. Cette ouverture ne constitue pas un aboutissement, mais le commencement d’un nouveau cycle. Chaque partage, chaque livre, chaque exposition, chaque diffusion, chaque rencontre est appelée à enrichir le projet, à nourrir ses métamorphoses futures et à prolonger les questionnements qui l’animent depuis son origine.

Dans cette perspective, partager ROSE DE JÉRICHO revient à prolonger le geste qui l’a vu naître : créer du lien. Un lien entre les disciplines artistiques, entre les êtres, entre les mémoires individuelles et collectives, entre l’humain et son environnement. Si le projet est issu d’une quête personnelle, il trouve aujourd’hui sa pleine légitimité dans sa capacité à devenir un terrain d’expérience commun, un espace où chacun peut projeter ses propres récits, ses propres interrogations et sa propre relation au vivant.


Publié

dans

par

Étiquettes :