Apprendre à se connaître est une vaste entreprise de déconstruction. Car pour savoir qui nous sommes vraiment, pour éveiller ce (moi) intérieur, il faut accepter de dépouiller le mirage de ce que nous croyons être. Ce n’est pas une quête simple et rapide, oh non, mais un frémissement lent et permanent, un dialogue silencieux avec notre essence. Toucher du doigt ce noyau vital est l’aventure d’une vie, parfois lumineuse, parfois tissée d’ombre. Ombre et lumière, encore. Pour cela, chacun suit sa propre Voie. La mienne fut tracée par l’art. J’ai toujours considéré l’art non comme un moyen d’exposition (de l’ego), de maîtrise (du médium) ou de réussite sociale (capitaliste), mais comme un passage vers l’élévation spirituelle, une sorte de rituel quotidien qui ouvre les portes invisibles de l’âme. L’art, pour moi, est sacré, car il est un souffle profond, un miroir et une offrande à ce que nous portons de plus vrai, de plus précieux en nous : notre être essentiel. Cette posture, malgré certaines dérives — égarements nécessaires pour éclairer le chemin — est celle d’un créatif qui place la richesse de l’œuvre au-dessus de la récolte matérielle. Car c’est dans l’œuvre, et non dans ses retombées, que réside la véritable lumière, celle qui révèle l’invisible et fait vibrer le monde. L’être essentiel, lui, ne se laisse ni saisir ni nommer — il est ce murmure impalpable et silencieux derrière le tumulte de nos pensées, cette étincelle qui persiste même quand tout autour s’effondre. Il n’a ni forme ni contours, et pourtant, il habite chaque geste, chaque goutte d’encre noire déposée sur le papier, chaque mot prononcé au vent ou écrit dans le moindre carnet — journal sacré. L’art devient alors le langage décrypté qui le fait apparaître, la main qui trace sa présence sur le papier, comme sur le monde. Le créateur, en touchant cet être, n’invente rien, car il ne fait que révéler ce qui existait déjà, comme on ouvre une fenêtre sur un ciel intérieur que personne d’autre ne peut voir, que personne ne peut imaginer. C’est là que réside le secret de l’œuvre véritable, c’est là que tout est contenu. C’est dans cette capacité à nous mettre en contact avec notre abîme personnel, notre profondeur, à nous rappeler que nous sommes bien plus que ce que nous croyons être. Chaque dessin, chaque texte, chaque poème, chaque souffle créatif devient alors un pont vers cette essence fragile et poétique — un passage qui nous invite à la caresser dans l’espoir d’une rencontre, non pas comme un objet à posséder, mais comme un feu vivant à alimenter pour grandir sous sa chaleur bienveillante.