Maintenant que les restes de la nuit s’effondrent sur la couette givrée, tandis que le froid tente une incursion sous les draps de velours, je me demande si l’instant n’est pas venu de me lever. J’ai rêvé de Bouddha, dans un champ de blé. Vêtu de sa tunique orange, les pieds nus, il avançait vers moi d’un pas lent, déplaçant quelques grains de poussière du chemin vers l’herbe bordante. Je désirais plonger mes yeux dans les siens, pour qu’il m’y révèle la substance de l’univers, mais en ouvrant les paupières à la lumière du jour, l’éveil se fit d’une banalité déconcertante. Les rêves empreints de sagesse n’ouvrent pas les portes de bois massif, ils s’infusent par les nervures, jusqu’à trouver l’aspérité d’où se détache une écharde, prête à se planter dans l’âme de celui qui consent à l’accueillir. L’écharde a cette particularité — ce pouvoir — de s’infiltrer en profondeur sous la peau du marcheur et de lancer des rappels de sa présence à intervalles réguliers, et cela, tout au long de la marche. Pèlerinage et douleur : celui qui ne connaît pas la souffrance, ne connaît pas la vie — un mendiant au fond d’une ruelle mènera le prince vers le pauvre, l’ascète vers le roseau, le sage vers l’éveil. Une écharde dans le doigt qui pointe vers la lune — pleine.
55. L’écharde
— 13 janvier 2026