BRUNO LEYVAL

Journal et autres notes

Lézard et charbonnières

Lézard et charbonnières

Un lézard glisse sur la terrasse — prière basse entre les carreaux brûlants. Il avance sans bruit, funambule minuscule de céramique, attentif à l’ombre qui pourrait tomber, mais paisible comme une note tenue trop longtemps. Chaque halte est un autel de chaleur propice à la dévotion. Il s’y recueille, absorbe le soleil, puis repart, fidèle à une ligne invisible que lui seul connaît.

Je ne suis rien pour lui. Ni menace, ni présence. Juste une silhouette en marge. Même le chien, étendu dans l’herbe, appartient à une autre fréquence. Nous sommes lourds, ancrés, presque immobiles — statues respirantes. Lui dérive dans un autre temps, un couloir étroit où chaque seconde pulse différemment. Espace-temps.

Il avance. Nous restons. Il traverse. Nous stagnons.

Ma cigarette se consume comme une offrande inutile. La fumée s’élève, hésite, puis se laisse porter vers lui par une brise fragile. Un instant, le monde retient son souffle. Il cligne des yeux — et c’est tout un poème qui s’ouvre, puis se referme.

Porté par ce ballet ininterrompu de petites choses vibrantes, j’abandonne l’idée de la lecture au profit d’une oisiveté contemplative. Le jardin a tant à offrir, tant à méditer. Il respire, murmure, insiste, s’insinue avec douceur et subtilité. Chaque feuille est un signe, chaque souffle une révélation, chaque mouvement une apparition. Une infinité s’y laisse contempler, un monde secret se déploie sans bruit, offert à qui sait s’y perdre.

Après un long moment, plongé dans un délicieux état contemplatif, j’observais le lilas se dépeupler peu à peu, et l’envie de lire reprit le dessus sur la présence pure. Suivant du regard l’envol de la dernière mésange, les images du rêve de la veille refirent surface.


Publié

dans

par