Bruno Leyval

Journal & autres notes

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Introspection

L’introspection consciente devient un vertige, un basculement complet — un renversement, du domaine de la pure inversion, où chaque pensée, chaque souffle, chaque frémissement du corps s’étire en échos infinis, cassure du temps, allongement comme un fil incandescent que l’on suit dans l’ombre de soi (Soi), tandis que l’écriture intuitive surgit — une rivière d’images liquides en fusion qui s’écoule comme la lave sur les pentes du volcan, brûlantes, venues du sommeil et de l’inconscient — du supraconscient, où les mots tombent sans contrôle, s’écroulent puis s’échouent et se brisent et se recomposent enfin, lames sacrées qui caressent le rivage, messagers de désirs oubliés (enfouis), de blessures silencieuses et de vérités qui consument, et qui brûlent encore, et dans ce tumulte où tout semble prêt à s’effondrer, il faut attendre, attendre patiemment, ne rien faire, ne rien décider, sentir les tempêtes émotionnelles se dissiper lentement, respirer la houle et se calmer, écouter le murmure derrière le chaos, car c’est seulement dans cette patience hallucinée, dans ce vertige habité, que l’intuition se déploie et que la clarté surgit, et que chaque élan de vie peut enfin devenir un acte sacré, un pont fragile jeté entre l’ombre et la lumière intérieure, entre ce qui est et ce qui cherche à naître sur le Chemin. Il y a des bagages lourds, bien trop lourds pour celui qui, porteur fébrile, avance à découvert sur le seuil du monde — charges opaques faites de noms hérités, de dettes invisibles, de promesses fossilisées, de peurs transmises comme des reliques, de mains en mains, de corps en corps, de gènes en gènes, de mères en filles, de pères en fils, et ces bagages tirent vers le bas, ralentissent le pas, imposent une gravité étrangère au mouvement même du Chemin, car ce qui pèse n’est pas tant le poids que l’attachement au poids, la croyance qu’il faudrait tout emporter pour être entier, alors qu’à mesure que l’ascèse creuse, une évidence s’infiltre, lente et irréfutable : certaines charges ne sont pas à porter, mais à laisser tomber, non par rejet ou par violence, mais par usure douce, par consentement au vide, comme on abandonne sur le bord de la route des objets devenus creux et muets, et le porteur enfin délesté, découvre que marcher n’est pas avancer chargé de sens, mais accepter de les perdre tous, de s’en défaire et de laisser derrière soi ce qui voulait les définir, jusqu’à ce que le corps allégé, devienne lui-même passage, et que le chemin ne soit plus devant, mais à travers.