Sur le chemin (Être) – Un passage spirituel
Les gurus modernes sont tous tombés sur le bord du chemin. Aucune chance. Plateformes et charlatans — entre deux photos de plats à la sauce, fêtes de fin d’année, vacances tropicales et fantasmes pour palier à une vie merdique. Arrête de manger un an pour purifier ton microbiome — l’aire biotique sent la sueur des fainéants et des domestiqués. Non ! Le Chemin ne s’écrit pas avec des pixels, non, il traverse, s’infiltre, pénètre la cellule comme un virus lent dans la chair du jour, il se glisse sous la langue, entre les dents, entre deux battements, dans les valves du cœur, dans la conscience, dans un reste de salade et d’œufs brouillés — brouille les signaux, et ceux qui cherchent une preuve n’y trouvent que des traces effacées, des symboles en fuite comme des lignes (perspectives aveugles), des rites incomplets sans offrandes (aucun corps sur la dalle de pierre), et comme il est écrit « Le vent souffle où il veut, et tu entends sa voix, mais tu ne sais d’où il vient ni où il va », ici l’acte ne prouve rien, le geste ne conclut pas, chaque mouvement est un appel lancé dans le noir de l’âme, et le noir répond par une variation de silence, écriture du soir, vespéral, minérale, écriture brutaliste, minimaliste, écriture comme un flux, un déversoir sacré, une rivière… encre basse pression, quand la lune débordée par la face cachée de sa plénitude et quand elle souffre d’exister trop entière, trop pleine, quand les mots deviennent des corps poreux et laissent passer autre chose, pleins d’autres choses, un autre chose, peu de chose en fait, où juste quelque chose qui n’a ni nom ni forme, ni rien d’autre que deux formes en une seule, car rien n’est binaire, ou bien tout l’est pour toujours, double miroir en un seul, le oui saigne dans le non, la lumière transporte son ombre comme une dépendance secrète, le Chemin n’offre ni vérité finale ni extase certifiée, il exige une position instable, un équilibre précaire, rester ouvert, perméable, demeurer au seuil, ne pas forcer la vision, ne pas capturer l’invisible, le laisser approcher comme un animal sauvage qui bave et qui n’obéit à aucun non ! — le temps se désarticule, il dérive, boucle, revient, s’effrite dans les zones mortes, dans ces interstices le doute cesse d’être un défaut de fabrication, il devient chambre rituelle, vide habité, lieu de gestation, le doute protège, garde la vérité hors de portée des mains avides, alors le regard se modifie, cesse de viser, capte, dans l’infime, dans le presque-rien, une vibration parasite apparaît, signal faible, persistant, l’invisible s’injecte entre les choses, le silence commence à parler, non pas pour dire, mais pour ouvrir, la création n’est plus un résultat, c’est une exposition, un acte de foi sans objet, l’intime n’est pas un refuge, c’est une fissure, un passage clandestin, là l’être se défait de ses certitudes comme on abandonne des vêtements contaminés, il accepte de ne plus savoir, il apprend que la liberté n’est pas conquête, mais suspension, aucune fin, aucun sommet, seulement l’érosion des formes, la chute des noms, et dans ce dépouillement progressif, non pas une réponse, mais une présence dense, muette, irrécusable – un cerf fend la brume et impose ses bois aux restes pauvres de la forêt, aux arbres qui grattent l’ozone, qui se parent de particules plastifiées, de taches noires, bitume goudron pollution — et du vide enfin quelque chose se perçoit, pas une révélation, mais une pression, non, une réalité sans visage, une face lisse, et le Chemin continue même quand personne ne regarde, même quand la nuit s’incline sous le souffle du vent, même quand le ciel se fait linceul et que chaque pas résonne dans le creux des temps, il continue, il retourne sur lui-même, s’enroule dans ses boucles comme la mer sur le rivage, comme le souffle du prophète sur le sable, les symboles fuyants se multiplient, éclatent, se recomposent, « Le Seigneur est mon berger ; je ne manquerai de rien », murmure la mémoire dans le creux de la nuit et pourtant aucun berger n’apparaît, seulement l’écho de ses pas invisibles, un missel à la reliure sombre (animal mort pour couverture) la dérive devient seule règle, les gestes se déploient dans un espace indéfini comme des oiseaux blessés, comme des feux qui ne brûlent que dans l’ombre, le doute devient paysage, temple, sanctuaire mobile, l’invisible s’invite dans le moindre interstice, infiltrant les gestes banals, les respirations discrètes, chaque silence est prière sans mots, chaque vibration subtile psaume secret, le temps se plie, se tord, se dilate, hier et demain ne sont que variations d’aujourd’hui, la lumière et l’ombre s’interpénètrent, la forme se défait, le nom tombe, le Chemin, ce virus lent, se glisse dans les fissures de la réalité, se répand dans la chair du monde, celui qui marche devient étranger à ses certitudes, passager qui apprend que la liberté n’est pas une conquête, mais une suspension, et que dans le vide, dans l’absence (toujours l’absence) de toute réponse, se révèle la densité silencieuse du réel, alors le Chemin se multiplie, s’embrase, se condense, se déploie comme les ailes d’un ange invisible, la parole sacrée se coupe en éclats, coupures/fragments, « Et la lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont point saisie », tout est signal, tout est signe, tout est trace, tout est rituel, gestes, mots, pensées deviennent offrande pour l’invisible, pierre tombale pour le connu, passage clandestin vers ce qui ne peut être nommé, la dérive devient initiation, le silence parole, le doute sanctuaire, chaque mouvement prière, chaque souffle acte, chaque pas mémoire, l’intime faille, fissure, crevasse par laquelle l’être disparaît et se recrée, se défait des certitudes, abandonne les vêtements du monde et reçoit l’inconnu comme unique parure, le Chemin continue, indifférent aux regards, aux peurs, aux noms, et dans son passage lent, dans son flux sans fin, se dévoile la présence dense, muette, irrécusable, seule vérité qui ne se dit pas, mais se ressent, qui ne se montre pas, mais s’impose, qui ne se conclut pas, mais persiste, et du vide enfin quelque chose se perçoit, souffle, vibration, présence, non pas révélation, mais conscience nue du monde tel qu’il est, et le Chemin continue, et il continue, et il continue, et dans sa continuation infinie, il révèle que marcher sans fin, sans réponse, sans forme, sans nom, sans but, est la seule initiation qui vaille — disons donc que le Dharma n’est pas un code gravé, pas une loi figée, mais le support silencieux de l’ascèse, la charpente du vide où le souffle se dénude, le point fixe dans l’abîme du chemin, compagnon muet, dense et immuable, là où chaque geste devient rite et chaque souffle une prière, le temps se plie et le monde se défait autour de l’âme, l’ascèse ne s’exerce pas pour conquérir, mais pour demeurer suspendue, pour habiter l’invisible, apprendre que marcher sans fin, sans destination, avec rien à atteindre, est déjà totalité, le sol invisible où s’ancre le souffle, la trame secrète qui soutient la dérive intérieure, où le corps se défait et l’esprit se détache de ses certitudes, où l’être se maintient fragile dans l’érosion des formes, dans le silence porteur, dans l’ouverture au mystère, chaque mouvement/mémoire, chaque regard/acte, le Dharma comme champ magnétique où se répand l’invisible, où l’ascèse devient une exposition, acte de foi sans objet, fissure, faille, passage clandestin, espace où la liberté naît de la suspension, non de la conquête, et dans ce flux hallucinatoire, chaque instant se multiplie, se condense, se déploie comme des ailes d’ange invisible, tout geste devient une prière, tout souffle un langage, le chemin continue, indifférent, et dans ce maintien fragile, le monde et l’âme s’entrelacent, se diffractent, le Dharma devient une présence dense et muette, pivot de l’abîme, écho de l’invisible, et marcher ainsi, suspendu, est déjà totalité — la seule vérité qui ne se nomme pas, et que dans cette suspension, dans cette densité du silence et de l’invisible, toute chose devient initiation, tout geste devient rite et tout souffle devient illumination — et du vide, nous aurons la perception.
— 24 décembre 2025