Le cycle (Sans nom)
Les cartes ne trichent pas, immuables dans leur langage optique silencieux, et un double tirage (XIII/XII/III pour le premier, comme un signe) éclaire soudain l’évidence : un nouveau cycle (I/X/XIII pour le second, comme une évidence) pointe à l’horizon, irréversible et pressant, un nouveau cycle qui prendra toute la place, tout l’espace, tout mon espace intérieur. Accueillir ce nouveau cycle n’est pas une attitude facile, car il n’apporte pas seulement l’inconnu, mais exige de lâcher prise sur l’ancien, sur tout ce qui s’y accroche avec une ténacité obstinée — souvenirs fuyants, habitudes pesantes et certitudes mythologiques (personnelles), toutes ces petites sécurités tordues — comme si chaque reliquat de l’ancien monde résistait à son propre effacement, s’agrippant aux parois fragiles de l’âme, au noir de l’âme, et qu’il fallait, pour avancer, déloger tout ce poids sans perdre la cohérence de soi, sans que le vertige de l’abandon ne transforme l’élan en chute. Alors le passage s’ouvre, mais il ne s’ouvre pas comme une porte classique, il s’ouvre avec la lenteur d’une crevasse dans la roche — obsession minérale sur laquelle le temps glisse, avec l’inertie d’un monde qui refuse de se plier. L’ancien se retire à contrecœur, à reculons, traînant derrière lui l’écho de ses formes, de ses odeurs, de ses routines comme un cadavre qui traîne une jambe encore vivante, un bout de jambe en fait, presque un reste de jambe, et moi, au milieu de cette charogne de passé, je dois trouver l’équilibre du XIV (Tempérance), maintenir ma posture fragile dans le flux de cette disparition programmée. Chaque pensée, chaque souvenir résistant se transforme en résistance matérielle, comme si la mémoire elle-même avait une densité, une épaisseur lourde, et il faut forcer le passage, creuser, pousser en souffrant, se frayer un chemin dans la masse compacte des « restes », tandis que le nouveau cycle avance, pousse inexorable, comme un liquide de lumière noire, fluide et tenace, qui s’infiltre partout dans les plaies, recouvre tout, transformant les contours connus en formes incertaines, et c’est dans cette tension, dans ce frottement douloureux entre l’ancien qui s’agrippe et le nouveau qui exige en revendiquant sa place, que je comprends que l’accueil n’est pas un choix, mais un état forcé, un abandon de soi progressif, comme si accepter le cycle à venir signifiait se dissoudre dans son flux, devenir conduit, canal, passage, ouverture… au risque de ne plus reconnaître les bords de son propre être, les contours gangrenés par les cycles précédents, restes qui s’accrochent encore au pus et aux suintements.
— 23 décembre 2025