Bruno Leyval

Journal & autres notes

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Réévaluation

Réévaluation de la pente savonneuse. Glisse. Cinquante semaines ont glissé — comptées, recomptées, dissoutes. Grande anticipation d’abord, pic électrique, stagnation puis la crainte qui s’infiltre, la colère par à-coups, brèves montées, retombées. Gratte-tête sporadique, main dans les cheveux, regard perdu au plafond — blanc cassé. Réévaluation après réévaluation — recalibrage constant, le grand inventaire mouvant. Un mélange instable d’émotions collectées au fil des jours et au final, probablement la collection la plus étrange, la plus décalée, la plus vivante, la plus amusante que j’aie jamais constituée. Et dans ce temps accumulé, il y a eu la collection proprement dite : une constellation de petits buts de papier, bouts arrachés, post-it fatigués, marges griffonnées, fragments de notes pliés puis dépliés jusqu’à perdre leur mémoire. Rien de grandiose, non, rien de définitif — seulement des intentions minuscules, des phrases incomplètes, des flèches qui ne pointent plus nulle part. Chaque papier portait un instant de vie capturé trop tard, ou trop tôt, une pensée jetée avant qu’elle ne se dissolve. Et puis l’instant passait, s’évaporait, et le papier restait, trace sèche d’un mouvement intérieur déjà ailleurs. Certains de ces fragments jaunissent, d’autres se déchirent, quelques-uns disparaissent sans laisser de traces, aspirés par le temps ou le désordre. Les buts écrits cessent d’être des buts ; ils deviennent des fossiles d’élan, des témoins muets de ce qui a traversé le corps et l’esprit un bref moment avant de s’éteindre. Une collection d’instants suspendus, fragiles, presque risibles, et pourtant chargés d’une vérité fugitive — celle de la vie en train de passer, notée à la hâte, puis relâchée. Réordonnés, agrafés, collés, ils constituent un ensemble compact, une méthode, un paragraphe infini.