S’accrocher à la sève
Un long plan séquence imprimé sur une pellicule de noir et de blanc, à l’est de tout, dans la boue des larmes et des tourments, comme pour enregistrer la douleur et la diffuser sur grand écran. Travelling avant sur la route, gros plan sur la branche qui suinte encore. Et maintenant que je suis arrivé au bord de tout, là où la quête a fini par me déposer, là où je chancelle encore comme une feuille qui s’accroche à la sève, je ne peux que constater l’ampleur du chemin parcouru l’année passée. Changement en profondeur. Les chants grégoriens caressent les murs — la tapisserie lépreuse retrouve l’éclat du palais des anges. La création chante à nouveau aux oreilles du fou. Je me souviens de ce jour où je l’ai arrachée, où les traces et autres ratures griffonnées se sont envolées. Jour béni où un fil s’est tissé — un trait fin qui relie les deux pôles sur la même carte. Juste Un. À chaque jour son tirage — carte duelle réunifiée, et j’observe les mésanges et les rouges-gorges dans le lilas voisin qui bourgeonne déjà en hiver. C’est donc cela la béatitude ? C’est donc cela être arrivé au bord de tout ? Un océan fait de dunes sèches et de rêves colorés. J’ai le souvenir d’un désert et d’une halte impromptue ou j’ai fait la rencontre d’un scorpion doré à la longue barbe poivrée. Un maître arrive toujours quand le disciple est prêt. Au fond, il ne reste que des questions sans réponse et de nouveaux livres sur les étagères. Chaque livre est une ouverture, chaque mot une faille, chaque phrase un miroir et chaque parcelle de ce journal un espace mouvant qui oscille entre révélation, doute et ouverture. S’accrocher à la sève… À mi-chemin entre la foi et la folie.
— 7 janvier 2026