La corne sacrée
Et sur le front, quelques centimètres au-dessus de la tempe, à fleur de scalp, s’élargit un œil sombre qui tend vers la lumière — corne ancestrale prête à resurgir au printemps, comme un symbole puissant de mon animalité passée. À la recherche extérieure d’un animal totem, on oublie celui qui sommeille, en creux, à l’intérieur. Et que la corne sacrée pousse sans résistance — aucune déformation ne sera plus belle que celle de ce crâne mouvant. Ne faut-il pas être prêt à perdre ce que l’on croyait être pour incarner ce que l’on est réellement ? Car, depuis l’aube, au cœur même de notre héritage, rien ne disparaît. Chaque donnée demeure, chaque information se conserve, chaque trace persiste, et l’ensemble compose ce que nous sommes : une singularité façonnée depuis la nuit des temps, intimement reliée au cosmos. Alors que la corne croît et que le bois jaillissant vient s’échouer contre un arbre à la fin de l’hiver.
— 3 janvier 2026