[Silence]
Une mésange charbonnière se pose sur le rebord de la fenêtre. Le froid hivernal se reflète sur le jaune de sa parure. Particules en suspension — la lenteur des cristaux liquides. C’est un mécanisme extraordinairement délicat — si délicat même qu’il ne se révèle qu’au prix d’un [Silence] prolongé, d’un retrait presque total du monde — un dispositif invisible dont le champ de réceptivité semble ne connaître aucune limite, comme s’il pouvait absorber indifféremment le frémissement le plus infime et l’ébranlement le plus vaste, et c’est précisément dans cette ouverture sans bornes, dans cette disponibilité tendue jusqu’à l’extrême, que s’est imposée à moi, lentement, inexorablement, la découverte de la grandeur des choses, non pas leur grandeur spectaculaire ou triomphante, ni même la grandeur fantasmée par tout apprentissage spirituel, mais cette grandeur obscure, enfouie en chacun de nous, presque accablante, qui se manifeste lorsque l’on comprend enfin que rien n’est insignifiant, que chaque détail, chaque inflexion, la moindre pause — même le [Silence] lui-même — participe d’un ordre plus vaste, insondable, auquel il ne nous est donné d’accéder que par cette manière singulière, fragile et pourtant irrévocable, qui m’a été impartie comme une nécessité plutôt que comme un choix.
— 2 janvier 2026