Bruno Leyval

 

Artiste et poète

Je suis fou

Je suis fou, je suis fou, je suis fou.
Fou des visages sans fin. Fou des miroirs qui s’éventrent. Fou des horloges qui dévorent la chair. Fou des dieux qui se pendent à mes os.

Un crâne dans le désert — blanchi par la mer.

Je suis fou, je suis fou, je suis fou.
Fou des lois gravées dans le sel. Fou des marchands qui vendent des âmes en sachets. Fou des soldats qui fusillent le silence. Fou des prêtres qui prient le néant.

Je suis fou, je suis fou, je suis fou.
Fou des cris d’enfants étouffés dans les chambres. Fou des amants crucifiés sur les toits. Fou des bibliothèques noyées dans le pétrole. Fou des ancêtres qui hurlent dans mes poumons.

Pétrole — cigarette — Pasolini.

Je suis fou, je suis fou, je suis fou.
Fou des oiseaux qui éclatent dans ma cage thoracique. Fou des planètes qui s’effondrent dans mes yeux. Fou des langues qui se tordent comme des serpents de feu. Fou des prophètes lapidés par la raison.

Hey, regarde ! La plante-médecine s’écarte en ricanant.

Je suis fou, je suis fou, je suis fou.
Fou des juges qui condamnent la lumière. Fou des églises qui prient le vide. Fou des machines qui rêvent d’un monde sans chair. Fou du soleil qui s’ouvre comme une plaie.

La corde casse le cou nu.

Je suis fou, je suis fou, je suis fou.
Fou de ma propre folie qui m’engloutit. Fou du cri qui n’a plus de gorge. Fou du verbe qui brûle son alphabet. Fou du souffle qui fracasse la nuit.

Je t’appelle encore avec un numéro bloqué.

Je suis fou, je suis fou, je suis fou —
et dans cette folie, je suis libre. Libre comme l’éclair qui déchire les cieux. Libre comme le cadavre qui refuse sa tombe. Libre comme le cri du néant qui engendre l’éternité.

Les pneus de la voiture lèchent le sang du renard sur le bitume.

Je suis fou, je suis fou, je suis fou.
Fou de l’origine qui saigne encore dans le sable. Fou de la première parole qui s’est retournée contre son créateur. Fou des cendres des prophètes qui s’accrochent à mes paupières. Fou des tambours des morts qui résonnent dans mes veines.

Je fais une transfusion avec une mouche.

Je suis fou, je suis fou, je suis fou.
Fou des cités qui s’écroulent dans la gorge des enfants. Fou des océans qui s’enroulent comme des serpents autour de ma colonne vertébrale. Fou des étoiles éteintes qui clignotent encore dans mes rêves. Fou des rivières de pétrole où se baignent les anges.

00:01 — le passé.

Je suis fou, je suis fou, je suis fou.
Fou des visages qui se déchirent en mille masques. Fou des horloges qui m’avalent et me recrachent en poussière. Fou des prières transformées en armes. Fou des juges qui vendent leur ombre pour un verre de sang.

Amen veut toujours dire pardon.

Je suis fou, je suis fou, je suis fou.
Fou du silence qui crie dans les catacombes. Fou des statues qui ricanent dans les églises désertes. Fou des guerres que l’on prie comme des messes. Fou des enfants morts qui nous tiennent la main dans nos rêves.

Il y a un génocide en Terre sainte.

Je suis fou, je suis fou, je suis fou.

— poesie — @brunoleyval