Bruno Leyval

 

Artiste et poète

De fougère et de cendre

Il y a, dans le plâtre des murs, des bouches minuscules
qui répètent des incantations d’une voix d’eau sale.
Elles traversent des couloirs gorgés de miel et d’amande,
des chambres où l’air pend, lourd, comme une viande avariée.

Et plus loin, derrière les portes couvertes de signes et de sel,
des silhouettes mâchent des couronnes de fougère et de cendre.
Leurs yeux sont remplis d’insectes lumineux,
de petites prières noires qui battent contre les tempes du monde.

Quelqu’un souffle dans une flûte taillée dans un os de pluie,
et le plafond se met à respirer lentement,
comme le ventre d’une bête endormie sous l'écorce.

Alors les murs s’ouvrent,
des rivières de suie et de lait descendent des fissures,
portant des visages sans peau, des enfants coiffés de racines,
tout un peuple de dormeurs noyés dans la résine laquée des songes.

Au centre de la maison,
une machi secoue un hochet de graines brûlées ;
à chacun de ses gestes, les lampes bourdonnent d’une lumière ocre,
et les bouches cachées dans le plâtre
se mettent enfin à parler la langue humide des marécages stellaires.

— poesie — @brunoleyval