BRUNO LEYVAL

 

ad vacuum

23.09.2026

J'ai sur le bras gravé la voie de l'encre, en référence à ce médium artistique et sacré qui m'accompagne depuis plus de quatre décennies.

Dans la pratique de l'encre de Chine, chaque trait posé sur le papier est un geste répété, empreint de patience, jamais tout à fait le même, jamais vraiment différent, comme un souffle que l'on recommence sans s'en lasser, indéfiniment. Le pinceau (ou la plume) ne pardonne rien. Puisque chaque geste est indélébile, cela exige une présence entière et un corps stable, un esprit calme et silencieux. C'est par le biais de cette pratique méditative, baignée d’exigence, que j'ai appris progressivement ce que les traditions orientales appellent une sādhanā.

En sanskrit, une sādhanā (voie de réalisation) désigne une discipline spirituelle quotidienne et rigoureuse, liée à une démarche personnelle ancrée dans la durée, qui vise à transformer le corps, l'esprit et la conscience.

Avec le temps, la voie de l'encre et la sādhanā sont devenues une seule et même voie, celle qui mène à la réalisation de soi. Tracer un trait, encore et encore, c'est aussi se tracer soi-même et effacer peu à peu ce qui pèse et ce qui encombre, jusqu'à ce qu'il ne reste plus que le geste juste, et celui qui le pose.

Que m'importe, aujourd'hui, que l'encre sèche patiemment — que la pratique artistique s'éloigne, que la main se pose enfin. Ce qui reste, puisque la voie ne s'arrête pas avec le geste, c'est ce cheminement, gravé dans le temps bien avant de l'être sur ma peau, que porte aujourd'hui ce tatouage sur mon bras vieillissant.

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