12.08.2026
La scène qui résumerait le mieux ce moment pourrait se jouer en miroir, quelque chose qui se déroulerait au même instant, dans le même espace-temps, ou dans un autre, qu’importe en fait, puisque le lieu et le temps n’ont plus ici beaucoup d’importance, car ce qui importe (vraiment), c’est que cette scène soit la synchronisation parfaite de l’autre, qu’elle se produise exactement au même moment, avec les mêmes reflets, les mêmes couleurs, le même mouvement, la même hésitation peut-être, comme si deux scènes séparées par tout ce qui peut séparer deux scènes (le temps, l’espace, les corps, les énergies, etc.), parvenaient malgré tout à coïncider, à fusionner, non pas en deux scènes semblables mais en une seule scène répétée ailleurs, simultanément, et dont l’une serait le miroir exact de l’autre, au point qu’on ne saurait plus laquelle a commencé la première. Au commencement, un rêve et un scarabée doré sur le rebord d’une fenêtre. Et c’est là que commence la mystique, dans la révélation de quelque chose qui nous dépasse, dans cette étrange coïncidence qui rend soudain impossible de croire au hasard. Deux événements ont lieu, éloignés l’un de l’autre, sans qu’aucun lien visible ne les relie, et pourtant ils se répondent avec une précision si parfaite qu’il faut bien leur supposer un centre commun, quelque chose qui les relie, qui les précède et qui les fait advenir ensemble sans jamais apparaître lui-même. Alors oui, nous appelons cela hasard parce que nous ne savons pas comment l’appeler autrement, car il y aurait, derrière les choses, une autre scène, invisible celle-là, dans laquelle toutes les scènes visibles seraient déjà synchronisées, toutes les existences accordées selon une musique que nous ne pouvons entendre que par fragments, une sorte de geste accompli ici qui répondrait à un geste accompli ailleurs, une mort à une naissance, une pensée à une pensée, un acte à une conséquence, un chagrin à une larme, bref, tout cela pour dire que ce que nous prenons pour des événements séparés ne serait en fait que la manifestation dispersée d’un même événement. Alors le miroir ne renverrait plus notre image, il renverrait ce qui nous précède, et ce serait cela, la véritable vision : comprendre que nous ne sommes jamais exactement là où nous croyons être, que quelque chose de nous se joue toujours ailleurs, au même instant, dans une autre scène dont nous ne connaîtrons jamais le lieu mais dont nous percevons parfois l’écho, cette seconde de coïncidence où le monde semble cesser d’être une succession de choses pour devenir enfin une seule chose, immense, incompréhensible et parfaitement immobile — imagine des fissures par lesquelles nous percevons, pendant un instant, l'unité cachée d'un monde que nous croyons constitué de choses séparées. Certains lieux, certaines rencontres, certaines images et certains accidents nous donnent cette impression étrange d’avoir déjà eu lieu, de se répéter sans cesse alors qu’ils n’ont pas déjà eu lieu, qu’ils ont lieu ailleurs et que nous ne faisons que faire un pas vers eux pour les rejoindre — un pas vers la lumière qui sombre pendant l’éclipse.
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journal — @brunoleyval