09.08.2026
Et de l’amour et de la cendre — de l’amour surtout, qui n’est peut-être rien d’autre qu’une succession de feux qui finissent inévitablement en braises, puis en cendres, puis en cette poussière noire dont on ne sait plus très bien si elle vient du feu ou de ce qu’il a consumé. Le charbon noir sert encore une fois, comme il a toujours servi, à composer le masque mortuaire, à donner au visage cette dernière apparence de présence qui n’est déjà plus qu’une absence — le masque de la guerre avec les mêmes motifs gravés sur le visage solaire et sur la croupe du cheval. Et les bûches sont entassées les unes sur les autres, au bord du fleuve, avec cette prétention ridicule des châteaux de cartes, avec leur équilibre provisoire et leur chute déjà contenue dans leur construction, comme si leur fragilité n’était pas seulement celle du bois, mais le reflet exact, presque obscène, de celle de la vie, qui ne tient debout que parce qu’elle ignore encore le moment où elle cessera de tenir. Les pieds sont consumés en dernier, comme si même le feu hésitait devant ce qui demeure encore debout, personnage trop grand désormais pour le berceau, trop grand pour cette place étroite où l’on voudrait encore le faire tenir. Une dernière flèche enflammée qui perce le bois flottant — navire-sépulture rempli de fleurs et d’offrandes. Puis il ne reste qu’une poussière sombre, une cendre presque sacrée, et de cette cendre on fera de l’encre, car il faut bien que quelque chose subsiste de ce qui a été brûlé, ne serait-ce que sous la forme dérisoire de quelques signes tracés sur les drapeaux de prière, quelques noms confiés au vent, comme si le vent, lui aussi, pouvait encore se souvenir de ceux dont le feu a effacé les traces jusqu’à l’os. Sur les pierres, dans le champ des morts, une faute d’inattention écorche l’âme.
—
journal — @brunoleyval