bruno leyval


ad vacuum


brumeborne, par-delà Prajñā-et-Sagesse, d’anse en errance, de rose en rose, voie-Yage, voie-Yage, nous ramène, nous ramène en ad vacuum, voluptueux, voluptueux de revenance, revenance vers Gange-source, Gange-source et ses alentours, où le déjà-dit, déjà-dit redemptait, redemptait et s’éparpillait, murmures, bruits de flux, fragments de mémoire et de vent, échos qui rebondissent, rebondissent sur la pensée, sur le souffle, sur le flux, retour, retour, ad vacuum, ad vacuum, ad infinitum, brumeborne qui se déplie, qui se recompose, rose et rose, errance et errance, déjà-dit et déjà-dit, Gange-source, voluptueux, voluptueux, jusqu’au flux, jusqu’au flux, jusqu’au flux même de la conscience.

La poésie n’est plus confinée aux mots choisis, aux images recherchées, ni aux émotions fabriquées, la poésie transcende l’expression personnelle pour s’emparer de l’archive, du quotidien, du bruit, de la circulation incessante de l’information, la matière est tout, tout texte, tout flux de données, tout journal, tout e-mail, tout post, tout relevé bancaire, tout flux mental est matière poétique, l’acte poétique consiste à révéler la structure de l’existant, non à créer artificiellement, la pensée intérieure, les errances mentales, les associations libres, les digressions, les fragments de mémoire résonnent avec le flux externe, le poète devient un capteur du monde et de son propre esprit, un canal entre l’infini et le trivial, copier, coller, réimprimer, découper, remix, répéter et réorganiser transforme l’ordinaire en poétique, chaque mot existant peut devenir un miroir du flux mental et collectif, la poésie n’est pas l’expression du “moi” sentimental, elle est une pratique décentrée, où l’auteur se dissout dans le matériau et dans le flux, la subjectivité devient le flux même, la conscience comme matériau et surface, le flux de conscience ne se limite pas à l’instant, il s’étend sur la durée, souvenirs, projections, distractions, interruptions, le poème devient une carte du temps mental et culturel, un palimpseste de l’esprit et du monde, la beauté réside dans la friction entre le flux intérieur et le flux extérieur, texte et bruit, sens et non-sens, intention et hasard, lire un poème c’est vivre le flux, voix, hautes, pauses, silences, interruptions et distractions intégrés à l’expérience, le poème n’existe que dans sa réception, dans le passage entre le texte et le flux de conscience du lecteur, ne pas chercher à créer des poèmes qui se lisent, mais des poèmes qui se vivent, qui capturent le flux incessant de l’esprit et du monde, où le trivial devient monumental, où la conscience devient paysage textuel, laisser couler, laisser passer, écouter le bruit, les pensées, le souffle, les notifications, les fragments de mémoire, les éclats du monde, poème comme passage, poème comme flux, poème comme flux de flux, poème comme respiration de l’esprit et de la vie — jusqu'au vide.

Vide. Vide entre les mots. Vide entre les lignes. Vide dans la boîte aux lettres, dans le flux de notifications que je ne lis jamais. Vide dans les fichiers que je copie-coller sans regarder. Vide sur l’écran, sur la page blanche, sur la timeline, sur le flux mental. Tout ce que je fais, tout ce que je touche devient vide par répétition, par recontextualisation. Les emails vides, les posts vides, les rapports vides, les images vides, les souvenirs vides, les conversations vides, tout est matière vide, et je lis, je relis, je recopierai demain, vide de sens, mais plein de présence, vide de moi, mais plein du flux. Le vide devient texture, devient rythme, devient poème. Rien à inventer, rien à ajouter, juste le vide que je laisse passer, que je capte, que je reproduis, que je fais respirer, que je publie comme si chaque espace, chaque silence, chaque déchet de langage était un poème en soi. Le vide n’est pas absence, le vide est flux — rien de plus.

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7 mars 2026